Fini les six couleurs, les crises existentielles et les regards vexés face à un cube obstinément mélangé. Un psychiatre suisse affirme avoir trouvé la solution : un Rubik’s Cube entièrement monochrome, pensé non pas pour simplifier le jeu… mais pour préserver l’estime de soi.
L’inventeur, le docteur Léonard Weissmann, psychiatre lausannois spécialisé dans les troubles liés à la performance et à la comparaison sociale, assure que son invention est née après des années d’observation clinique. « J’ai vu des adultes de 40 ans se sentir humiliés par un jouet des années 80. À un moment, il fallait intervenir », explique-t-il très sérieusement.
Son concept est simple : un Rubik’s Cube dont toutes les faces sont strictement de la même couleur, un beige très doux qualifié de « neutre émotionnel ». Résultat : quel que soit le mélange, le cube semble toujours parfaitement résolu.
« L’objectif n’est pas de tromper les gens, mais de supprimer la notion d’échec visuel », précise le docteur Weissmann. « Dans notre société obsédée par la performance, même un puzzle peut devenir un rappel brutal de nos limites. Là, vous tournez le cube… et vous gagnez. Toujours. »
D’abord conçu pour ses patients, le cube monochrome était utilisé lors de séances consacrées à la gestion de la frustration. « Certains patients avaient besoin de manipuler quelque chose sans risquer de “mal faire”. Ce cube est devenu un support de discussion sur la pression qu’on s’impose inutilement », raconte le psychiatre.
Contre toute attente, l’objet a rapidement suscité l’intérêt en dehors du cabinet. Une vidéo de démonstration, dans laquelle on voit un patient lever les bras en criant « J’ai réussi ! » après trois rotations aléatoires, a cumulé plusieurs millions de vues.
Le Rubik’s Cube monochrome séduit particulièrement les actifs en reconversion, les parents épuisés et les adeptes de développement personnel. « C’est le seul puzzle que je termine dans ma vie en ce moment », témoigne une utilisatrice sur un forum. « Et franchement, ça fait du bien. »
Des entreprises s’y intéressent également pour leurs séminaires de cohésion. « On voulait une activité où personne ne se sente nul. Là, tout le monde est brillant, c’est parfait », confie un responsable RH d’un grand groupe.
Si le produit prête à sourire, son créateur insiste sur la dimension symbolique. « Ce cube ne sert à rien, et c’est justement ça qui est intéressant. On a le droit de manipuler quelque chose sans objectif, sans classement, sans résultat. Juste pour le geste. »
Face au succès, une version « légèrement nuancée » — avec deux teintes presque identiques — serait déjà à l’étude. Un niveau de difficulté que le docteur Weissmann décrit comme « ambitieux, mais potentiellement déstabilisant pour l’ego ».
G. Armand | l'Immunité.fr
Gérard Armand est directeur de la Rédaction de l'Immunité. Sociologue de formation, il a soutenu sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).