Estimant que les cures détox reposent davantage sur « un engagement émotionnel profond que sur des fondements scientifiques observables », un nutritionniste lyonnais propose officiellement de requalifier cette pratique en activité spirituelle à part entière.
Pour le docteur Étienne Vignal, spécialiste en nutrition préventive, le moment serait venu de clarifier le statut réel des cures à base de jus verts, charbon végétal, citron tiède et autres programmes de « purification intérieure ». Dans une tribune publiée sur un site médical, il estime que le secteur entretient depuis trop longtemps « une ambiguïté entre bien-être psychologique, marketing végétal et foi personnelle ».
« Après des années d’observation, nous devons accepter une évidence : certaines personnes ne font plus une cure détox, elles y croient. On est parfois plus proche du pèlerinage symbolique que du protocole nutritionnel », explique-t-il, évoquant notamment des patients capables de décrire une sensation de « purification cellulaire » après trois jours passés à boire du jus de céleri.
Le nutritionniste propose ainsi la création d’un statut spécifique pour les cures détox, qui seraient désormais classées parmi les « pratiques spirituelles de confort personnel », au même titre que certaines retraites de méditation ou les stages de reconnexion à soi.
« Je ne juge personne. Si quelqu’un se sent spirituellement mieux après avoir payé 89 euros pour boire des liquides verts dans une gourde en inox motivante, très bien. Mais il faut arrêter de parler d’élimination de toxines sans jamais réussir à dire lesquelles », poursuit-il.
D’après lui, plusieurs signaux ne trompent pas : vocabulaire mystique (« reset intérieur », « renaissance digestive », « alignement organique »), promesses vagues, et présence quasi systématique d’un influenceur pieds nus dans une cuisine beige.
La proposition suscite cependant l’indignation d’une partie des adeptes de la détox, certains dénonçant une attaque contre leur mode de vie. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes assurent avoir retrouvé une forme exceptionnelle grâce à un programme associant jus de concombre, silence numérique et visualisation positive.
« Avant ma cure, j’étais fatiguée. Après, j’étais toujours fatiguée, mais différemment. Plus consciente », témoigne une influenceuse bien-être suivie par plusieurs centaines de milliers d’abonnés.
Le docteur Vignal, lui, reste serein. Il assure ne vouloir interdire aucune pratique, mais réclame davantage de transparence : « Si ça vous fait du bien, très bien. Mais appelons cela un rituel de motivation personnelle, pas une opération secrète du foie menée avec du citron chaud ».
G. Armand | l'Immunité.fr
Gérard Armand est directeur de la Rédaction de l'Immunité. Sociologue de formation, il a soutenu sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).