Un collectif de célibataires réclame un encadrement plus strict de la Saint-Valentin, estimant que cette fête exerce chaque année une « pression affective disproportionnée sur les personnes momentanément non concernées par l’amour romantique ».
Réuni sous le nom de Collectif pour une Neutralité Émotionnelle de Février (CNEF), le mouvement demande notamment une limitation des décorations jugées trop insistantes, ainsi qu’un meilleur accompagnement psychologique des célibataires confrontés à « une surexposition forcée aux cœurs rouges, aux roses hors de prix et aux publications de couples anormalement heureux ».
« Nous ne sommes pas contre l’amour. Nous demandons simplement qu’il soit pratiqué avec davantage de discrétion dans l’espace public », explique Clara Denis, porte-parole du collectif. « Pourquoi devrions-nous subir pendant trois semaines des vitrines remplies d’oursons géants tenant des messages agressivement positifs ? Certaines personnes essayent simplement d’acheter du dentifrice sans traverser une crise existentielle ».
Le collectif propose plusieurs mesures concrètes afin de limiter les effets psychologiques de la période : floutage obligatoire des publications excessivement romantiques sur les réseaux sociaux, création de files prioritaires pour les célibataires dans les supermarchés le 14 février et interdiction des playlists acoustiques mélancoliques dans les cafés.
Une pétition réclame également la création d’un « espace émotionnel neutre » dans les grandes surfaces, où aucun chocolat en forme de cœur, bouquet de roses ou coffret parfumé ne serait visible.
« On veut juste acheter une pizza surgelée sans qu’un rayon entier nous rappelle subtilement notre solitude avec des slogans comme “À partager à deux” », témoigne un sympathisant du mouvement.
Du côté des enseignes, la proposition laisse perplexe. Certains reconnaissent toutefois un certain malaise autour de la fête. « Chaque année, on voit des gens acheter des chips et des glaces en regardant fixement le stand des bouquets pendant de longues secondes. Il y a clairement une souffrance silencieuse », confie le responsable d’un supermarché de périphérie.
Pour apaiser les tensions, plusieurs municipalités envisageraient déjà d’organiser des événements alternatifs : soirées jeux de société, concours du meilleur repas livré à domicile ou ateliers de désactivation temporaire des applications de rencontre.
Le collectif assure toutefois ne pas vouloir supprimer la Saint-Valentin. « Nous demandons simplement qu’elle cesse d’être un événement obligatoire émotionnellement. L’amour, très bien. Mais à volume raisonnable », conclut sa porte-parole.
G. Armand | l'Immunité.fr
Gérard Armand est directeur de la Rédaction de l'Immunité. Sociologue de formation, il a soutenu sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).