Face à une multiplication de plaintes liées à des plaisanteries jugées « disproportionnées », le gouvernement réfléchirait à un encadrement plus strict des poissons d’avril considérés comme « trop anxiogènes pour le bien-être collectif ».
Selon plusieurs sources proches du dossier, l’exécutif aurait été alerté après une série de blagues particulièrement mal vécues : faux licenciements, annonces fictives de grossesse, coupures Internet simulées ou messages alarmants envoyés sur des groupes familiaux avant d’être suivis du traditionnel « poisson d’avril lol ».
« Nous observons une dérive. Une bonne plaisanterie ne devrait jamais nécessiter un rendez-vous chez le cardiologue ou trois jours de tension familiale », explique un conseiller ministériel chargé de la « régulation des interactions sociales saisonnières ».
Un document de travail actuellement étudié distinguerait les poissons d’avril « acceptables » des plaisanteries dites « à fort potentiel anxiogène ».
Parmi les blagues susceptibles d’être déconseillées ou encadrées :
« Le Français moyen traverse déjà suffisamment d’incertitudes. Nous devons éviter les plaisanteries qui exploitent des peurs réelles », précise le rapport préliminaire.
Parmi les mesures envisagées figure l’instauration d’un système de signalement préventif, permettant d’indiquer à l’avance le niveau émotionnel d’un poisson d’avril. Une mention « humour léger », « second degré modéré » ou « risque de confusion temporaire » pourrait ainsi devenir obligatoire.
Certains experts plaident également pour la mise en place d’un « délai raisonnable de révélation », afin d’éviter que certaines victimes ne passent plusieurs heures à croire à une catastrophe imaginaire.
« Mon frère m’a fait croire qu’il déménageait au Canada avec ma voiture. J’ai pleuré pendant quarante minutes avant de comprendre », témoigne une habitante de Besançon, favorable à une réglementation.
Du côté des amateurs de canulars, la proposition suscite déjà de vives critiques. Plusieurs collectifs dénoncent une « bureaucratisation du rire » et défendent le droit à une confusion temporaire.
Le gouvernement assure toutefois qu’aucune décision n’est encore prise. « L’objectif n’est pas d’interdire les poissons d’avril, simplement d’éviter que certains ressemblent trop à un effondrement personnel », résume un proche du dossier.
F. Pichard | l'Immunité.fr
Franck Pichard est journaliste et analyste politique, diplômé de l'Institut français de presse et de l'Institut d'études politiques de Paris.