Estimant que les cadeaux confectionnés à l'école pour la Fête des Mères n'ont connu aucune évolution significative depuis plusieurs décennies, un collectif de parents demande l'ouverture d'une concertation nationale sur le sujet. Les signataires dénoncent notamment la place jugée excessive du collier de nouilles dans les productions artisanales remises chaque année aux familles.
À l'origine de cette mobilisation, la toute récente Fédération des Mères Lassées de Faire Semblant d'Être Surprises (FMLFES), créée après un constat partagé par plusieurs centaines d'adhérentes. « Nous avons réalisé que nous recevions exactement les mêmes objets depuis l'entrée en maternelle de nos enfants. Certaines d'entre nous en sont au troisième enfant et possèdent désormais un véritable stock stratégique de nouilles décoratives », explique sa présidente, Valérie Martin.
Dans un rapport de 47 pages intitulé Pour une diversification des présents scolaires à destination maternelle, la fédération assure ne pas vouloir remettre en cause les traditions de l'école primaire.
« Nous ne sommes pas anti-nouilles. Le collier de nouilles a toute sa place dans notre patrimoine républicain. Nous contestons simplement sa situation de quasi-monopole depuis plus de quarante ans », précise le document.
D'après l'enquête menée par l'association, près de 82 % des cadeaux de Fête des Mères remis dans les écoles appartiendraient à l'une des quatre catégories suivantes :
« Avec mes cinq enfants, j'ai reçu vingt-neuf colliers depuis 2013. À ce stade, je pourrais presque ouvrir une bijouterie spécialisée », témoigne une mère de famille de la région bordelaise.
Face à la polémique, plusieurs élus se sont déclarés favorables à la mise en place d'une Haute Autorité pour la Diversification des Cadeaux Scolaires (HADCS).
L'organisme aurait notamment pour mission d'établir un référentiel national d'innovation artisanale et de limiter la dépendance des établissements aux pâtes alimentaires décoratives.
Parmi les pistes étudiées figureraient la fabrication de trophées honorifiques, de bons donnant droit à un dimanche matin sans conflit familial ou encore de certificats officiels reconnaissant les efforts parentaux accomplis au cours de l'année.
« Nous souhaitons encourager l'émergence de nouvelles filières créatives. Le collier de nouilles ne peut pas constituer à lui seul l'avenir du cadeau scolaire français », estime un conseiller ministériel ayant requis l'anonymat.
Du côté des écoles, la prudence reste de mise. Plusieurs enseignants rappellent que le collier de nouilles présente de nombreux avantages pédagogiques.
« Le matériau est peu coûteux, disponible partout et relativement prévisible. Contrairement à d'autres projets artistiques, le risque de produire quelque chose d'inquiétant demeure limité », souligne une institutrice de CE1.
La Confédération Nationale des Activités Manuelles de Fin d'Année (CNAMFA) appelle quant à elle à ne pas céder à la précipitation. « On ne réforme pas un pilier de la culture scolaire française sur un simple coup d'émotion. Le collier de nouilles a accompagné plusieurs générations de mères. Il mérite le respect », indique l'organisation dans un communiqué.
En attendant une éventuelle réforme, les experts estiment que plusieurs millions de colliers devraient une nouvelle fois être remis cette année à l'occasion de la Fête des Mères. Un chiffre qui confirme, selon la FMLFES, « la bonne santé du secteur mais aussi son inquiétante absence de renouvellement ».
G. Armand | l'Immunité.fr
Gérard Armand est directeur de la Rédaction de l'Immunité. Sociologue de formation, il a soutenu sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).