Le musée Grévin envisage d'interdire les reproductions en cire des personnalités politiques

© Capture d'écran Youtube

Coups de poing, crachats, papiers toilette usagés, statues dont les pieds sont imbibés d'urine, les employés du musée Grévin n'en peuvent plus. Fait étrange, les statues de cire victimes de ces actes d'incivilité ont toutes un point commun : il s'agit de personnalités politiques.

Dans la vaste salle dédiée aux réunions du personnel du musée Grévin, les visages sont graves. « La surveillance des statues des hommes et femmes politiques se traduit pour des arrêts maladie, voire même des congés longue maladie depuis ces cinq dernières années », nous confie Charles, représentant syndical. Une employée s'approche pour nous dire « Je passe mon temps à essuyer les crachats, les traces d'excréments ! Et encore ! Je vous passe les détails scabreux ! Plus de 2 heures d'entretien par jour pour certaines statues ! On n'en peut plus ! ».

La direction du musée Grévin prend très au sérieux l'anxiété de ses agents. « Un gardien qui tentait de protéger la statue de notre président a été rué de coups, littéralement tabassé. Trois jours d'ITT », évoque entre autres incidents une secrétaire des ressources humaines sous couvert d'anonymat. « Désormais, les employés ont peur et n'osent même plus intervenir lorsque quelqu'un urine sur une statue c'est vous dire... », soupire un gestionnaire du personnel, visiblement découragé.

Pour Bertrand Hignard, enseignant-chercheur en sociologie des interactions politico-sociales, la frustration des citoyens de ne pas pouvoir approcher l'élite politique pour leur faire part de leurs ressentiments engendre une violence incontrôlée : « Ne pas avoir la possibilité de, excusez-moi l'expression, leur “défoncer la tronche” est dramatique ». En outre, selon le sociologue, les éventuelles poursuites judiciaires décourageraient les plus téméraires de passer à l'acte, ce qui poserait « un problème de communication entre dominés et dominants ». En revanche frapper une statue de cire présenterait plusieurs avantages selon le chercheur : « Ça soulage, au pire on s'en tire avec une amende, et surtout les personnalités politiques sont au courant de leur détestation viscérale parmi la population civile ».

En attendant une éventuelle accalmie sociétale, la seule solution pour le musée Grévin serait donc d'interdire la fabrication de statues représentant des personnalités politiques, une mesure extrême mais aujourd'hui envisagée par la direction.

G. Gonzales | l'Immunité.fr
Gilles Gonzales, ancien rappeur, est dorénavant écrivain et journaliste. Il commente l'actualité people et les rendez-vous culturels à l'Immunité.

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