En période de fortes chaleurs, les Français auraient trouvé une nouvelle manière de rester actifs sans prendre le risque de transpirer : changer régulièrement la vitesse de leur ventilateur. Selon une étude de l'Observatoire national des comportements estivaux, ce geste serait devenu l'une des principales activités physiques pratiquées dans les foyers lorsque les températures dépassent les niveaux habituels.
Le phénomène concernerait particulièrement les personnes équipées d'un ventilateur à plusieurs vitesses. Une fois installé devant l'appareil, le Français moyen passerait ainsi plusieurs heures à alterner entre les positions 1, 2 et 3, avec une fréquence directement proportionnelle à la température extérieure.
Les chercheurs ont établi une classification précise des différents niveaux d'engagement. La vitesse 1 correspondrait à une activité physique légère, généralement pratiquée le matin. La vitesse 2 serait considérée comme un effort modéré, tandis que la vitesse 3 témoignerait d'une situation de forte mobilisation musculaire.
Le passage en vitesse maximale, souvent accompagné d'un déplacement de quelques centimètres vers l'appareil, serait quant à lui considéré comme une « activité physique intense de proximité ».
« On observe des séquences très impressionnantes. Certaines personnes changent de vitesse toutes les quatre ou cinq minutes, puis restent parfaitement immobiles pendant plusieurs heures », explique un chercheur ayant participé à l'étude.
Dans certains foyers, le bouton de réglage du ventilateur serait même devenu l'objet le plus sollicité de la journée. Les utilisateurs commenceraient généralement par vérifier la température de la pièce, avant d'augmenter progressivement la puissance de l'appareil au fil de la journée.
« À 10 heures, je suis en vitesse 1. À midi, je passe en 2. Vers 15 heures, je mets 3. Et à 17 heures, je commence à réfléchir sérieusement à la vitesse 4, même si mon ventilateur n'en possède que trois », témoigne une habitante de Montpellier.
Le retour à la vitesse inférieure constituerait également un effort important. Plusieurs personnes interrogées reconnaissent avoir attendu plusieurs minutes avant de réduire la puissance, par peur de « regretter immédiatement leur décision ».
Cette nouvelle discipline aurait toutefois des conséquences sur les pratiques sportives traditionnelles. Jogging, vélo, bricolage et promenade seraient régulièrement repoussés en raison de conditions jugées incompatibles avec l'effort.
« Je devais aller courir ce matin, mais il faisait déjà trop chaud. J'ai donc fait quelque chose de plus raisonnable : je me suis levé pour mettre le ventilateur en vitesse 2 », raconte un habitant de Lyon.
Selon les spécialistes, cette stratégie permettrait également de préserver l'énergie nécessaire aux tâches essentielles, comme aller chercher une bouteille d'eau dans le réfrigérateur ou changer de côté sur le canapé.
Face à la généralisation de cette pratique, certains spécialistes des comportements estivaux estiment que le réglage du ventilateur pourrait désormais être considéré comme une activité à part entière. Le geste serait notamment devenu un réflexe chez les personnes qui passent plusieurs heures à domicile pendant les épisodes de fortes chaleurs.
« On ne peut pas vraiment parler de sport, mais il y a tout de même une forme d'activité. Il faut se lever, chercher le bouton, hésiter entre deux vitesses, puis parfois revenir à la précédente », observe un spécialiste.
Une pratique qui pourrait surtout permettre aux Français de conserver une certaine activité physique pendant les fortes chaleurs, sans prendre le risque de s'exposer inutilement au soleil.
G. Armand | l'Immunité.fr
Gérard Armand est directeur de la Rédaction de l'Immunité. Sociologue de formation, il a soutenu sa thèse de doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).